(avril 2006)

A 25 ans, Thomas LAURENT fait parti des harmonicistes qui montent et qui montent.
Certains(-es) l’ont apprécié l’année dernière avec son groupe BALYA au Festival de St Aignan et d’autres ont pu l’entendre avec son groupe de Ska-Reggae ORANGE STREET. Assez discret, il a gentiment accepté de répondre à quelques questions :
D.C. : Comment en es tu venu à l’harmonica ?
T.L. : J’ai commencé la musique vers l’âge de 6 ans par le piano grâce à mon père qui est professeur au conservatoire de Conflans St Honorine. Ensuite, vers l’âge de 11 ans, je me suis mis au saxophone alto et ce, jusqu’au 3ème cycle. A 17 ans, j’ai eu envie d’arrêter pour aller vers l’improvisation, ce que ne me permettait pas l’enseignement classique. J’ai donc arrêté progressivement le saxophone au conservatoire. C’est alors que j’ai découvert l’harmonica grâce à un ami qui m’a montré comment jouer le célèbre tube d’Antoine (rires) ! J’ai trouvé ça génial et j’ai acheté mon premier harmonica.
D’autre part, j’aime beaucoup voyager, faire du cyclotourisme, je me suis donc mis à l’harmonica aussi pour cette raison là. Aussi, peu de temps après être allé acheter mon harmonica, je suis allé avec mon père voir un concert de JJ Milteau à Cergy (dpt 95). Et là, grosse claque !! c’est un concert qui m’a beaucoup marqué. Dès le lendemain, je me suis donc acheté une de ses méthodes. J’avais donc 18 ans. Pour en savoir un peu plus, j’ai pris des cours avec un professeur à Vauréal qui s’appelle Julien Gourdet qui m’a montré la gamme blues et les techniques liées à l’harmonica diatonique. Par la suite, j’ai intégré une formule Blues en duo, devenu ensuite un trio qui s’appelait Bluesy Train avec Gérard TartarIni et avec qui j’ai fait un bout de chemin jusqu’en 2004.
À l’époque j’étais étudiant en histoire et je ne me destinais pas du tout à faire de la musique à plein temps. Et puis les plans se sont multipliés, j’ai joué avec d’autres personnes et à un certain moment je me suis positionné pour ne faire que çà.
Parallèlement, j’ai découvert le disque New Irish harmonica de Brendan Power. J’avais jusqu’alors, une image assez négative de l’harmonica chromatique, je pensais que cet instrument avait un son assez froid, qu’il était un peu sirupeux. Mais ce disque a changé la vision que j’avais de cet instrument. Je suis donc allé acheter un harmonica chromatique en apprenant tout seul pendant un, deux ans.
Après ma licence, j’ai suivi un an de formation à l’école ATLA (école de formation pour les métiers de la musique) où j’avais tout un cursus d’analyse musicale, de lecture de rythmes avec des cours de théorie, d’ensemble, d’harmonie…
Au départ, je suis allé aux cours de Pierre Mimran avec mon sax tout en suivant des cours d’harmonie au piano avec Jacques Boutineau. J’ai donc fais un trimestre au sax avec Pierre (en 2001) puis les deux derniers à l’harmonica chromatique. J’ai commencé à apprendre le jazz avec les phrasés etc. …
Après deux trimestres, le directeur Jean-Christophe HOARAU (cousin de Daniel Waro) m’a demandé d’assurer des cours d’harmonica dans son école. J’ai saisi cette occasion, même si j’étais frais.
A côté et pendant deux ans, j’ai pris des cours avec Laurent Maur à Vauréal (qui a remplacé Julien Gourdet) et qui m’a beaucoup appris. Ca a été un très bon prof qui m’a inculqué une méthode de travail assez efficace. Par ailleurs, j’ai pris d’autres cours avec d’autres instrumentistes, avec un saxophoniste … J’ai fait un peu ma sauce pour élaborer ma propre méthode.
D.C. : Pour en revenir au diatonique, y-a-t-il d’autres personnes qui ont influencé ton approche ?
T.L. : Hormis Milteau, il y a eu bien sur les incontournables Sonny Terry, Sonny Boy … qui m’ont beaucoup marqué et puis Sébastien Charlier qui m’a donné 4 cours. Mais les nouvelles techniques d’overbends ne me correspondaient pas. Et puis le disque de Brendan Power m’a vraiment révélé ! Sinon, Laurent Maur m’a vraiment coaché. Il m’a appris pleins de trucs. Un truc important, c’est de s’enregistrer en travaillant, de toujours s’écouter après une séance pour voir ce qu’il y a à garder, à jeter. À l’école Atla, j’ai appris plein de choses, mais j’ai surtout rencontré d’autres musiciens. Avec d’autres élèves, on a formé un groupe de musique manouche, des reprises de Django. Cela s’appelait CAKO LAUDER quartet (harmonica, 2 guitares et contrebasse). Nicolas Komaroff m’a présenté à d’autres musiciens russes et je me suis donc intéressé au répertoire de la musique traditionnelle russe. Il y a eu du changement dans ce quartet là et l’on a reformé un quartet qui s’appelle BALYA (présent l’année dernière au Festival de st Aignan). Le répertoire emprunte à Django, au traditionnel et intègre des compositions. La formation actuelle est batterie, contrebasse, harmonica et guitare (Vladimir Gourko).
En parallèle, j’ai intégré un groupe jamaïcain ORANGE STREET dans lequel je joue aussi du saxophone. Le concept de ce groupe est de coller au plus près des musiques Mento, Ragga, Reggae, Ska et Rocksteady. Ce sont des compositions jouées dans le pur style jamaïcain. Je suis dans cette formation au sax alto, au sax ténor, à l’harmonica diatonique et chromatique, aux chœurs et aux percussions. Pour les parties d’harmonica, elles sont beaucoup jouées en riffs. On tourne beaucoup et l’on devrait sortir un album au mois d’octobre 2006. C’est très intéressant car le but de cette formation est d’être le plus fidèle du son d’époque. C’est un groupe qui vient du Val d’Oise. Il y a tout un pôle artistique qui s’y est développé comme Debout sur le zinc, les Ogres de Barbaque … tous ces groupes viennent du même coin.

D.C. : D’autres perspectives ?
T.L. : Ce sont mes deux principaux projets. La composition prend aussi pas mal de temps. Je compose et j’arrange dans BALYA. En dehors, je fais d’autres plans avec une chanteuse.
J’ai fait également un spectacle pour enfant, un conte musical avec un accordéoniste qui s’appelle Emmanuel PariselLE. Ce musicien a sorti un disque produit par Gabriel Yakoub et avec lui on a ré-arrangé les morceaux du disque pour deux. On n’a pas de dates, mais le set est prêt ! c’est de la chanson, du traditionnel français, irlandais …. des choses du terroir !
D.C. : Comment vois-tu le monde de l’harmonica ?
T.L. : Il y a plein de supers choses qui se passent en ce moment. Il y a des harmonicistes qui viennent apporter des choses très intéressantes sans pour autant oublier les Milteau et Herblin.
J’aime beaucoup Michel Herblin pour sa sonorité, son son et le phrasé très personnel qu’il a développé. Quand par exemple on écoute Sébastien Charlier et Michel Herblin, qui ont tous les deux des phrasés chromatiques, ils sonnent très différents. Et puis il y a Laurent Maur. C’est quelqu’un qui phrase comme un sax, qui est libre d’aller dans n’importe quel style. Brendan Power aussi a son style bien à lui. J’ai aussi découvert l’incroyable Hugo Diaz dans la compilation Inspiration 2 de JJ MILTEAU. Il y a pleins de choses qui se passent, des festivals avec pleins d’harmonicistes qui ont tous leur « patte ». C’est ça qui est bon !
D.C. : Comment vois-tu le futur de l’harmonica avec toutes ces nouvelles techniques, toute cette effervescence de festivals, de supports (Internet …) ?
T.L. : Cela ne peut aller que dans le bon sens. Je sais que Laurent explore l’électro et que tout n’est pas prêt de s’arrêter. C’est très bien. Moi, je suis plus dans un style traditionnel avec de la musique manouche même si j’écoute pleins de choses.
D.C. : Justement, quelles sont tes influences ?
T.L. : J’écoute beaucoup de bop des années 50, 60 et en particulier Lee Morgan. J’aime l’élégance dans son phrasé. Je le relève pas mal. Je n’écoute pas beaucoup de trucs récents en jazz. J’aime bien les anciens, Sonny Rollins, Stan Getz. Je les relève car ils ont un langage qui me touche beaucoup. Sans oublier Miles Davis et Charlie Parker. Je ne relève pas encore du Brecker ou du Shorter. J’ai le temps d’évoluer ! J’ai envie de jouer des choses qui me plaisent et ce, peu importe l’instrument.
D.C. : Que considères tu d’important dans la musique ?
T.L. : L’harmonica est de plus en plus valorisé, mais en même temps il y a pas mal de personnes qui cherchent le chemin. Où se trouve donc l’essentiel ? Dans le cadre d’un projet personnel, c’est surtout jouer les trucs qui foutent les poils !
D.C. : C’est à dire ?
T.L. : C’est-à-dire la musique qu’on a en nous. C’est à dire que cela ne sert à rien de travailler la virtuosité pour la virtuosité, je pense qu’elle doit être au service de la musique.
D.C. : Quelle est ta définition de la musique alors ;-) ?
T.L. : C’est toutes les choses que l’on peut chanter, et donc jouer les choses que l’on chanterait. C’est bien de relever, mais dans le travail il faut s’entraîner à développer son propre discours et notamment par le chant.
D.C. : As-tu justement une méthode de travail ? Comment travailles-tu ?
T.L. : Oui j’en ai une. J’ai mis pas mal de temps à la trouver (deux, trois ans). Déjà, je prépare mon boulot et ensuite, je travaille l’aspect technique, c’est à dire le déplacement. Sur l’harmonica chromatique, l’histoire de souffler aspirer, coordonner le souffle avec le piston, c’est quelque chose au départ qui n’est pas du tout naturel. On peut plus se faire plaisir au départ avec le diatonique alors que sur le chromatique cela prend davantage de temps pour se faire plaisir. Il y a donc tout un aspect technique à travailler et notamment dans le jazz. Il y a des exercices d’arpèges, de gammes. J’utilise la méthode de Jerry Bergonzi intitulée jazz line qui permet l’agencement des gammes bop sur n’importe quel accord, n’importe quelle note, la tonique, la tierce, la quinte … La monter, la descendre dans tous les sens. Se ballader sur la grille de façon assez linéaire. Je travaille aussi les lignes de basse en partant sur une grille. C’est à dire que je joue comme une contrebasse en faisant du walking pour bien sentir les changements d’accords.
Je travaille aussi le relevé, d’abord à l’oreille puis ensuite je l’écris sur papier. Cela me permet de bien comprendre le langage des grands jazzmen, leur façon d’improviser. À telle accords, ils utilise telle note, telle gamme pour faire leur phrase. Cela m’aide à comprendre le schéma de comment créer une ligne mélodique qui passe à travers l’harmonie.
Et puis je travaille les pentatoniques. Je met le métronome sur le 2 et 4 (after beat) et je travaille en pensant en terme de riffs. Je me fixe la règle de ne pas faire d’autres notes que la gammes pentatonique pour trouver des choses intéressantes qui groovent, qui balancent et donc travailler un maximum le rythme. Et je finis par improviser sur la grille que je travaille en m’enregistrant. Au début, je faisais çà avec un séquenceur mais maintenant je travaille seulement avec le métronome. Je suis censé connaître la grille et donc là j’improvise en m’enregistrant. Ce que je cherche sur la grille c’est sentir les endroits où il va y avoir des tensions, des résolutions et jouer ainsi sur cela.
Je travaille comme cela par tranche d’une demie heure sur 3 heures minimum. L’idéal, c’est 5, 6 heures.

D.C. : Quel est ton matériel ?
T.L. : Pour le diatonique, j’utilise les Lee Oskar. Avant, je jouais sur Hohner avec les Marine Bands ou Blues Harp mais ils ne me duraient pas longtemps, ils se désaccordaient beaucoup. Avec les Lee Oskar, je n’ai jamais rencontré de problèmes. Ils sont indestructibles !! Pour ce qui concerne le chromatique, j’utilise le Chromonica 270 avec l’étui vert en 12 trous. Il se rapproche plus du diatonique dans la main que le 16 trous. J’avais essayé le CX. Il a un son joli mais le son est déjà formaté. Je l’utilise pour des choses bien précises. Sinon, j’avais essayé le Toots Mellow Tone ou le Hard Bopper, mais ils sont supers chers. Du point de vue de la durée de vie, ce sont des harmonicas qui sont assez fragiles à moins que je sois mal tombé et j’ai donc eu des problèmes de valves qui n’étaient pas très bien réglées. Je suis donc resté sur le Chromonica pour son raport qualité-prix. Du point de vue du son, il est assez neutre et il y a donc tout l’espace possible pour travailler le sien. Pour l’amplification avec Orange Street, quand je joue au diatonique, je joue dans un micro Shure SM58 monté sur pied et directement branché dans la sono, d’autant plus qu’il me sert pour faire les choeurs. Dans ce style de musique, le principal est d’entendre l’harmonica. Sur le chromatique, il faut que j’investisse sur du matériel. J’ai actuellement un ampli autonome qui me sert à jouer en extérieur. C’est un ampli ELKA avec 2 entrées et qui me sert également au guitariste avec qui je joue. Mais il manque une reverb. Sinon, j’ai toujours un Peavy Classic 30 mais qui est beaucoup trop lourd !
D.C. : Avant de te laisser, où peut-on te voir bientôt en concert ?
T.L. : Je serai le 03 juin à Le Mee sur Seine (77) avec Orange street et le 4 juin à Salbris (Sologne) au festival Swing 41 avec Balya (1ère partie de ROMANE).
Orange Street : http://orange.street.free.fr/
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